Revue des matières premières : cacao

Les cours du cacao ont beau s’envoler, ils restent soumis à de nombreux facteurs macro économiques, sociologiques, politiques et spéculatifs qui entretiennent sa volatilité.

Fin 2017, la Côte d’Ivoire subissait de plein fouet le contrecoup d’une production record de cacao (près de 2 000 000 tonnes), le trop-plein de fèves associé aux manœuvres spéculatives entraînant la chute brutale des cours à leur plus bas niveau depuis dix ans. Début 2019, la donne a totalement changé. Avec une hausse des cours de plus de 28 % entre janvier et décembre, et de 50 % pour la seule période janvier-mai, le cacao est l’une des rares denrées agricoles cotées à avoir enregistré une progression significative sur le marché mondial en 2018. Une embellie qui devrait se poursuivre cette année, selon tous les analystes du secteur.

« Quand la Chine s’éveillera… »

« Quand l’Asie et la Chine en particulier consommeront véritablement du chocolat, les cours vont s’affoler », affirme André Devers. Pour cet expert en matières premières, ce n’est pas seulement la consommation chinoise qui a boosté les cours, même si celle-ci est de plus en plus importante. Selon lui, si les spéculations observées au premier semestre, associées à la forte demande internationale expliquent cette envolée des cours, la hausse de la consommation n’est pas tirée par l’Asie, qui demeure certes un marché à fort potentiel de croissance, mais encore trop immature pour impacter significativement les cours.

D’après une source au service technique du CCC (Conseil Café Cacao), la Chine, l’Indonésie et l’Inde ont des consommations par tête encore très faibles (moins de 0,5 kilogramme), contre une moyenne européenne établie à 5-6 kilogrammes (jusqu’à 11 kilogrammes/tête/an pour la Suisse). La consommation asiatique de cacao, en constante progression (+16 % pour la Chine en 2018), devrait donc entraîner dans les années à venir une hausse continuelle et soutenue des cours. Par ailleurs, 65 % de la production mondiale (Côte d’Ivoire, Ghana) étant concentrée dans des zones soumises à d’importants changements climatiques, le risque agricole est permanent, et encore aggravé par certaines maladies phytosanitaires persistantes comme le swollen shoot, qui menacent fortement la productivité des parcelles en Côte d’Ivoire et au Ghana.

Politique : l’éternelle inconnue

De plus, contrairement au Ghana, second producteur mondial de cacao, le leader ivoirien continue d’inquiéter les marchés du fait de sa précaire stabilité politique, notamment à l’approche des présidentielles de 2020. Les violences observées au cours des dernières municipales dans certaines localités du pays ont amené les analystes à tenir compte de cette perspective électorale incertaine dans leurs projections. Enfin, personne n’est en mesure de prévoir avec exactitude quels seront les effets du Brexit sur les cours du cacao, la denrée étant cotée à Londres en devise britannique et les cours libellés en livres sterling. De même, avec un Donald Trump tout aussi versatile qu’imprévisible, à New York, le cacao peut à tout moment être soumis à une appréciation du dollar, suivant l’évolution de la politique monétaire choisie par la Fed (Federal Reserve).

Par Janse Van Rensburg, le 09/01/2018 (copyright CICO Services)

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