La Côte d’Ivoire souhaite investir dans les technologies agricoles 2.0 afin d’améliorer ses performances cotonnières

À l’occasion de la 77e réunion plénière du Comité consultatif international du coton (CCIC) qui s’est déroulée le 3 décembre dernier à Abidjan, en présence de plus de 500 participants venus de 61 pays, les autorités ivoiriennes ont surpris l’assistance par leur audace, en annonçant vouloir s’équiper de drones pour aider à améliorer la productivité du coton ivoirien.

Cinquième produit agricole d’exportation en termes de valeur après le cacao, la noix de cajou, le café et l’huile de palme, le coton emploie 120 000 agriculteurs et fait vivre indirectement près de 4 millions de personnes en Côte d’Ivoire. Depuis la fin de la crise post-électorale de 2011, la production ivoirienne n’a cessé de s’accroître. On enregistre ainsi une hausse de 26 % sur la période 2016/18. En 2017/18, la production de coton graine a été de 413 000 tonnes contre 260 000 tonnes en 2012, soit 153 000 tonnes de plus sur la période. Cette excellente performance classe la Côte d’Ivoire au rang de 4e producteur africain en termes de volume.

La culture du coton au nord du pays a donc retrouvé son dynamisme de la fin des années 1990 (400 000 tonnes), avec un rendement de 1,27 tonne à l’hectare, soit « le meilleur de la sous-région ouest-africaine », selon M. Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre ivoirien de l’Agriculture. Toutefois, l’interprofession de la filière coton en Côte d’Ivoire, l’Intercoton, veut s’inspirer de l’expérience chinoise en matière d’utilisation de drones dans la cotonculture. C’est ainsi que des ingénieurs du CNRA (Centre national de recherche agronomique) ont été envoyés en Chine pour tirer profit de l’expérience du pays en matière de techniques agricoles, et en faire profiter les producteurs qui luttent en permanence contre les maladies et autres insectes ravageurs.

La technologie au secours de la cotonculture

Si la production se porte bien, il faut néanmoins préciser que les rendements en coton graine restent assez faibles, et que le coton récolté n’a pas encore retrouvé sa qualité d’antan. En cause, une protection insuffisante des cultures du fait des coûts prohibitifs des intrants, l’appauvrissement des sols et l’utilisation de semences d’origines diverses. Par ailleurs, les incessants changements climatiques rendent les dates de semis incertaines, tandis que certaines maladies du cotonnier, notamment la fusariose[1] au sud de la zone cotonnière, et la virescence[2] dans la partie nord, sont en pleine expansion. Plusieurs formulations commerciales efficaces contre les chenilles exocarpiques[3] et les piqueurs suceurs ont été recommandées par le CNRA comme alternatives à l’endosulfan[4] dans le Programme national de gestion de la résistance aux pyréthrinoïdes[5].

Ces acquis doivent maintenant être consolidés à travers l’innovation technologique et de nouvelles actions, notamment au niveau de l’étude santé des parcelles de coton. Or, on peut désormais étudier et analyser par cartographie NDVI[6] (Normalized Difference Vegetation Index) l’indice de végétation par différence normalisée de ces parcelles, grâce à des drones équipés d’instruments de haute précision, et en faire ressortir l’état phytosanitaire des végétaux. Le traitement photogrammétrique des images réalisées avec des capteurs multispectraux pour obtenir des cartes orthomosaïques[7] facilite la localisation des maladies et permet d’optimiser et cibler précisément les zones à traiter, limitant ainsi l’utilisation des engrais et permettant de réaliser des économies sur les intrants.

L’objectif étant bien entendu la relance de la culture cotonnière, et spécifiquement l’amélioration de la productivité du cotonnier ainsi que de la qualité globale du coton graine. Les pays développés utilisent quasiment tous ces technologies coûteuses, mais les agriculteurs parviennent à absorber dans leurs coûts de production les investissements réalisés grâce à des subventions importantes. La Chine, vers laquelle la Côte d’Ivoire a décidé de se tourner, propose quant à elle des solutions aériennes tout aussi efficaces à des coûts abordables. Utiliser des drones made in China pour améliorer le rendement de la culture du coton en Afrique constituerait une véritable révolution agricole ; le tournant technologique nécessaire pour que le coton ivoirien puisse redevenir compétitif dans un environnement mondial de plus en plus agressif et concurrentiel.

Par Pierre-Alain Koffi, le 31/12/2018 (copyright CICOSERVICES)

[1] Les fusarioses sont des maladies fongiques courantes des végétaux, causées par certains champignons décomposeurs de type Fusarium couramment présents dans le sol, mais ayant dans ce cas un développement parasitaire. Ces maladies se développent dans les cultures avec des risques plus ou moins importants selon les espèces et variétés considérées, et les conditions météorologiques. Flétrissement des tiges, taches jaunes sur le feuillage, pourrissement des racines en sont les premiers symptômes.

[2] La virescence est le développement anormal d’une pigmentation verte dans des parties de plantes qui normalement ne sont pas vertes, comme de jeunes pousses ou des fleurs (dans ce dernier cas, on parle alors de « virescence florale »).

[3] Les chenilles à régime exocarpique appartiennent à la catégorie des ravageurs des organes fructifères du cotonnier. Elles s’attaquent à la partie du fruit qui enveloppe la ou les graines, à la différence des chenilles à régime endocarpique qui, elles, attaquent la partie interne du fruit la plus proche de la graine.

[4] L’endosulfan est une substance active de produit phytosanitaire qui présente un effet insecticide et appartient à la famille chimique des organochlorés. Les pesticides contenant cette substance active sont interdits dans plus de 80 pays dont la Côte d’Ivoire, à cause de ses effets nocifs sur la santé.

[5] Les pesticides pyréthrinoïdes sont les analogues synthétiques des pyréthrines, substances naturellement présentes dans les fleurs de chrysanthème. Leur apparition remonte aux années 1970, après l’interdiction des pesticides organochlorés qui s’accumulaient dans l’environnement et l’organisme humain. Ils représentaient alors une alternative aux molécules plus anciennes (organochlorés, organophosphorés, carbamates…) dont l’écotoxicité commençait à être décriée. Leur faible toxicité pour les mammifères fait qu’ils figurent aujourd’hui parmi les insecticides les plus utilisés en agriculture, notamment contre une grande variété d’insectes.

[6] L’Indice NDVI (Normalized Difference Vegetation Index) est un indice normalisé permettant de générer une image affichant la couverture végétale (biomasse relative). Cet indice repose sur le contraste des caractéristiques de deux canaux d’un jeu de données raster multispectral : l’absorption du pigment chlorophyllien dans le canal rouge et la haute réflectivité des matières végétales dans le canal proche infrarouge (NIR). Il est utilisé dans le monde entier pour surveiller la sécheresse, contrôler et prévoir la production agricole, aider à la prévention des incendies et cartographier la désertification.

[7] Une orthomosaïque, ou orthophotographie, numérique est une image obtenue par traitement d’un cliché numérique dont la géométrie a été redressée de sorte que chaque point soit superposable à une carte plane qui lui correspond. Elle associe les qualités métriques du plan à la richesse d’informations photographiques. Le produit qui en résulte est un document à l’échelle dont les perspectives ont été supprimées. Il s’apparente à un plan (ou une élévation) photographique et est utilisé dans de nombreux domaines allant de l’étude de grands territoires à l’analyse de microfissures.

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